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« La CIA utilise la souffrance des femmes afghanes »

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Une jeune femme au visage mutilé. La légende : « Ce qui arrivera si nous quittons l'Afghanistan ». La couverture de Time fait débat.



Une jeune fille brune, ravissante, un trou béant à la place du nez. Elle s'appelle Aisha, elle a 18 ans et a eu le nez et les oreilles tranchés par les talibans pour avoir osé quitter son mari et sa belle-famille qui la battaient. Cette couverture choc du magazine américain Time s'accompagnait la semaine dernière de cette affirmation : « Ce qui arrivera si nous quittons l'Afghanistan ».
Pour les talibans, l'Occident « massacre ses principes moraux »

Le débat, très vif, se poursuit cette semaine aux Etats-Unis entre partisans de l'image choc et contempteurs du chantage émotionnel. Il rappelle celui qui avait suivi la publication en 2001 d'une femme en burqa en couverture du magazine Elle. La photo n'était pas alors accompagnée d'une légende aussi politique que celle du magazine américain.

Time est accusé par plusieurs commentateurs d'exploiter les souffrances infligées aux femmes par les talibans pour justifier le maintien des troupes dans le pays. Dans un édito justifiant le choix de publier la photo d'Aisha, Richard Stengel, directeur de la publication de Time, écrit :

« La publication très médiatisée de documents classés par WikiLeaks a déjà intensifié le débat sur la guerre. Notre récit et cette photo obsédante de la photographe sud-africaine Jodi Bieber en couverture visent à contribuer à ce débat. Nous n'avons pas non plus réalisé ce reportage ou montré cette image pour soutenir la guerre menée par les Etats-Unis ou pour nous y opposer.

Nous le faisons pour éclairer ce qui se passe vraiment sur le terrain. […] Notre travail consiste à apporter un contexte et des perspectives sur l'un des problèmes les plus difficiles de la politique étrangère actuelle. Ce que vous voyez sur ces images et dans notre reportage est quelque chose que vous ne trouverez pas dans dans l'un des 91 000 documents [de WikiLeaks, ndlr]. »

Selon l'AFP, les talibans ont répondu au Time, accusant le magazine de faire de la propagande alors que la charia n'est selon eux que « paix et justice ». Ils déplorent la barbarie avec laquelle a été mutilée la jeune Aisha et exigent plus de déontologie de la part des journalistes :

« Nous demandons à Time et aux autres médias occidentaux de cesser de massacrer leurs propres principes moraux, essayant de détourner le peuple et de lui faire oublier la défaite politique et militaire que subit l'Occident.

Nous appelons aussi les médias afghans à cesser de relayer de tels mensonges islamophobes en les traduisant. Le journalisme est une tâche noble et importante, et ne doit donc pas être utilisé pour semer le mensonge et la corruption. »

« La CIA utilise la souffrance des femmes afghanes »

Soutenir la guerre en utilisant la cause de femmes, voilà qui est cynique, note Priyamvada Gopal, professeure à l'université de Cambridge, dans le Guardian britannique. Elle rappelle que cette technique a longtemps été dénoncée par les féministes et que la une de Time procède de ce même « cynisme ». Elle ajoute :

« Les documents de WikiLeaks révèlent que la CIA utilise la souffrance des femmes afghanes pour se rallier le soutien de l'opinion. »

C'est par le sarcasme que le blog Feminist Peace Network s'en prend à la bonne excuse des femmes en danger utilisée par les proguerre :

« On n'a rien réussi, on a détruit le pays, on s'est mis nous-mêmes en danger et on a perdu des vies mais ne soyons pas égoïstes au point de partir comme ça, non, en laissant ces pauvres et pitoyables Afghanes. »

La présence des Etats-Unis n'empêche pas ces mutilations

Au New York Times, c'est sans ironie que l'on souligne que les talibans ont tranché le nez et les oreilles de la jeune fille alors même que les Etats-Unis sont sur le territoire afghan :

« Même si le reportage de Time insiste sur le sort des femmes en Afghanistan, il est difficile de savoir si la présence continue des troupes américaines dans le pays contribuera à créer un avenir meilleur pour les femmes afghanes.

Le fait est que la jeune femme figurant sur la couverture de Time a été défigurée pendant que les troupes américaines étaient dans le pays. En parlant de tendre la main aux talibans dans le cadre de la réconciliation, les responsables américains et afghans font que les femmes afghanes, y compris Aisha, la jeune femme sur la couverture, se sentent de plus en plus vulnérables. »

Le 20 juillet dernier, à l'issue de la conférence de Kaboul, a été annoncé un « programme de réconciliation » du pouvoir afghan avec les talibans aux contours flous.
Renforcer la tendance modérée au sein des talibans

Asharq al-Awsat, un des quotidiens de référence du monde arabe, suggère que cette tentative est la seule voie pouvant mener à la paix.

Dans ce journal, Hamad al-Majid explique ainsi qu'en dépit de l'horreur survenue à cette jeune fille, Time cède au sensationnalisme. Le journaliste donne ainsi l'exemple (particulier) d'Yvonne Ridley, envoyée spéciale de la BBC en Afghanistan en 2001, gardée en otage deux ans et demi et convertie à l'islam à sa libération :

« Ce que le magazine Time accuse les talibans d'avoir fait à la jeune fille afghane est très probablement vrai, mais leur traitement admirable de la journaliste britannique est également vrai.

Ce n'est en aucune façon une contradiction. […] Le mouvement des talibans a été accepté par les traditionalistes, les militants et les technocrates, il attire à la fois les radicaux et les tolérants, les extrémistes et les modérés car en Afghanistan, les talibans n'ont pas de rivaux, ils sont la seule option pour la population. […]

Le rôle des pays islamiques qui ont une influence sur la scène afghane, comme l'Arabie saoudite et d'autres mouvements islamiques modérés, est de renforcer la tendance modérée au sein du mouvement taliban.

Les talibans sont devenus un élément difficile, mais ils sont seuls dans l'équation afghane, comme en témoignent les efforts récents des Etats-Unis pour courtiser l'organisation. »

Pour le quotidien Chicago Tribune, les rédacteurs de Time ont eu raison de publier cette photo, comme ils ont raison de prévenir sur les risques qu'encourt la population si les Etats-Unis et leurs alliés (dont la France) partent :

« Ce qu'il adviendra si nous laissons l'Afghanistan aux talibans ne fait aucun doute.

Rappelez-vous comment les talibans ont incendié des écoles de filles afin de les exclure de l'éducation.

Rappelez-vous comment les femmes aux ongles vernis étaient fouettées dans les rues. Combien d'hommes dont la barbe était trop courte risquaient la prison. Comment les citoyens pouvaient être emprisonnés pendant six mois pour avoir regardé des vidéos.

Rappelez-vous comment les femmes accusées d'adultère ont été lapidées à mort. »




De Steve McCurry à Aisha




La photo de Jodi Bieber est évidemment une référence à celle, célèbre, de Steve McCurry en couverture du National Geographic.

Sur Slate, Tom Scocca s'emporte contre sa « parodie grotesque » et contre l'aveuglement de Time. Il rappelle que depuis neuf ans, les Etats-Unis combattent les talibans sans résultats, la photo étant la preuve de cet échec :

« Une légende correcte et exacte serait : “Ce qui se passe encore, même si nous sommes en Afghanistan. […]

Près d'un siècle après les poètes de guerre britannique qui écrivaient sur la gloire de faire la guerre pour sauver le monde -puis s'en allaient mourir, laids et inutiles, dans les hôpitaux de guerre ou dans la boue-, Richard Stengel et le magazine Time s'accrochent à cette vieille vision poétique : aucun problème peut ne pas être résolu par les armes, les bombes et la volonté de combattre.

Si l'on se souciait davantage du sort des femmes afghanes, nous battrions les talibans. Tout ce que nous devons faire pour gagner en Afghanistan, c'est d'essayer encore plus fort.”

Quelle couverture si les Américains quittent l'Afghanistan ?

Sur le blog Tabsir consacré à l'islam et au Moyen-Orient, le professeur Daniel Varisco relève que ce ne sont pas les talibans en tant que gouvernement qui ont commandité la mutilation dont a été victime Aisha :

“Ce n'est pas un juge islamique, aucun savant coranique, aucun spécialiste des traditions qui ont donné l'ordre. C'est un commandant militaire rebelle en guerre contre l'occupation américaine et son propre gouvernement.

Ce crime s'est produit alors que les troupes américaines étaient présentes, il suggère donc que notre seule présence ne garantit pas nécessairement la sécurité pour les femmes afghanes dans des situations comme celle d'Aisha, surtout dans les zones contrôlées par les talibans.”

Et les civils tués en nombre croissant ? Les Américains amputés ? Pourquoi Time ne les met-il pas en une, interroge The Nation. Ne représentent-ils pas la réalité de la guerre, ce pour quoi les Etats-Unis doivent rester ? Le journal propose à ses lecteurs de jouer à ce qu'il se passerait si les Etats-Unis quittaient l'Afghanistan. Les premières couvertures (démagos) suggérées par la rédaction :

“Un soldat dans les bras de sa femme et ses deux enfants, un lycéen dans une classe high-tech etc.”

La jeune Aisha a répondu au New York Times qu'elle ignorait si son témoignage aiderait les autres femmes et que son souhait était de retrouver un nez. Elle a été recueillie par l'American Provincial Reconstruction Team d'Oruzgan et l'ONG Women for Afghan Women (WAW). Elle sera opérée à Los Angeles par un professeur de chirurgie réparatrice.

Illustrations : la couverture de Time ; la photo de Steve McCurry en couverture du National Geographic en juin 1985

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