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Héros afghans de l'ombre

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1 Héros afghans de l'ombre le 27.08.10 16:18

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Héros afghans de l'ombre

En Afghanistan, les héros ne sont pas forcément des guerriers. Ils peuvent être d'anonymes fonctionnaires, ternes du verbe, tacherons qu'aucun projecteur n'a jamais éclaboussé de gloire. Mohammad Atiq et Anwar Hussein sont l'archétype de ces patriotes de l'ombre qui, sous le feu d'un épisode tragique de l'histoire récente du pays, ont sauvé l'inestimable. Les deux sexagénaires sont des géologues, responsables du département des archives de l'Institut national de recherche géologique basé à Kaboul.

Mohammad Atiq a le visage émacié fleuri d'une barbichette blanche ; Anwar Hussein a une moustache poivre et sel et porte une veste grise. On les rencontre dans une vaste pièce aux tables nues et aux murs beiges, glaçante de raideur bureaucratique. Il n'est pas 4 heures de l'après-midi, mais c'est déjà la fin de la journée de travail. Dans la cour, les employés de l'Afghanistan Geological Survey - dont beaucoup de femmes, à l'instar du personnel des administrations de Kaboul - s'engouffrent dans les bus qui vont les ramener à leur domicile. Au loin, la pierre du cirque de collines qui enroule la capitale scintille sous le soleil de l'été.

Mohammad Atiq et Anwar Hussein acceptent de s'attarder dans l'établissement vide pour narrer leurs faits de bravoure. Au plus fort de la guerre civile (1992-1996) qui a ensanglanté l'Afghanistan après l'effondrement du régime communiste, les deux géologues ont sauvé de la destruction ambiante la masse de documents - environ dix mille rapports et cartes - identifiant les richesses minières du pays. Fruit du travail d'équipes afghanes, françaises, britanniques et surtout russes, ces archives sont un trésor scientifique aux immenses retombées industrielles.

C'est en se fondant sur elles, tout en les complétant de photos aériennes, que des géologues américains ont récemment évalué à 1000 milliards de dollars le potentiel des ressources minérales (fer, cuivre, cobalt, or, uranium, lithium, etc.).

Le chiffre a fait sensation à propos d'un pays voué à la malédiction de la pauvreté et de la guerre, placé sous perfusion de l'argent international depuis la chute du régime taliban fin 2001. Cette richesse demeure en fait largement théorique, en raison des difficultés pratiques d'exploitation dans des zones difficiles d'accès ou touchées par la rébellion, mais elle suffit à enflammer les convoitises. Américains et Chinois se jaugent déjà dans ce qui pourrait être un nouveau "Grand Jeu", réédition contemporaine de la rivalité dont l'Afghanistan fut jadis le théâtre entre la Russie et la Grande-Bretagne.

On peine à imaginer que nos deux fonctionnaires si effacés portent une parcelle de responsabilité dans cette fièvre géopolitique en train de monter autour de la richesse du sous-sol afghan. Et pourtant... Sans la geste héroïque de Mohammad Atiq et d'Anwar Hussein, la mémoire minière de l'Afghanistan serait partie en fumée. C'était en 1992. Trois ans après le départ des troupes d'occupation soviétiques, le régime communiste de Mohammad Najibullah, assiégé par la résistance, s'effondre. Les moudjahiddins entrent dans Kaboul. L'institut a alors été "pillé et des documents ont été détruits", se souvient Mohammad Atiq. Les pillards finissent par se volatiliser alors que le nouveau régime, fragile coalition entre factions de la résistance, se met en place.

Le répit sera de courte durée. Le gouvernement d'union explose, déchaînant une impitoyable guerre civile entre anciens alliés. L'Afghanistan Geological Survey est situé sur le territoire contrôlé par le camp du commandant Massoud, qui tient péniblement le régime sous les roquettes des chefs de guerre rivaux : le Pachtoune Gulbuddine Hekmatyar, l'Ouzbek Rachid Dostom ou le Hazara chiite Abdul Ali Mazari. Pour son malheur, l'institut de géologie jouxte la ligne de front, tracé en cette partie de la ville par la rivière Kaboul. "Les hommes de Massoud étaient sur les toits tandis que leurs rivaux nous bombardaient", raconte Mohammad Atiq.

A plusieurs reprises, l'immeuble est la proie des flammes. Devant le péril, le gouvernement ordonne l'évacuation des archives. Tout le personnel participera à l'opération, Mohammed Atiq et Anwar Hussein jouant un rôle décisif. Il a fallu sortir les caisses de documents par une porte dérobée, les charger sur des remorques. La cargaison se retrouvera dans l'entrepôt d'un autre quartier de la ville (Khair-khana). Le nouveau repaire est un atelier de réparation de véhicules à la toiture perforée de trous, fâcheux handicap dans cette ville aux hivers très rigoureux. "Après le feu, ce sont des fuites d'eau qui ont endommagé certains documents", ajoute Mohammad Atiq. Seul un gardien surveille le refuge, dont l'entrée est verrouillée d'un simple cadenas. Ainsi seront protégées les archives minières de l'Afghanistan, tandis que la capitale est dévastée par la guerre civile.

En 1996 s'ouvre une nouvelle ère : les talibans chassent les chefs de guerre et imposent leur émirat islamique ultraorthodoxe. Les archives peuvent regagner leur maison mère de l'Afghanistan Geological Survey. Les talibans n'étant guère passionnés par le développement économique, l'institut somnole. "Mais de temps en temps ils faisaient venir des experts extérieurs qui passaient beaucoup de temps à examiner les archives", se remémore Mohammad Atiq. Qui étaient ces curieux visiteurs ? Mohammad Atiq dit l'ignorer. La légende géologique afghane n'a pas encore épuisé tous ses mystères.

Frédéric Bobin

lemonde.fr

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