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Afghanistan : une mère se bat pour les soldats qu'on oublie

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Afghanistan : une mère se bat pour les soldats qu'on oublie

Giselle Sanchez est assise sur le bord de son canapé. Elle parle de son fils, d'une guerre qu'elle n'a jamais comprise : l'Afghanistan.



Il y a un an de cela, elle ignorait même jusqu'à l'existence de ce pays. Entre-temps, la donne a changé : son fils est parti s'y battre. A 24 ans, durant six mois, il a patrouillé sur le territoire afghan au sein d'un bataillon de l'armée française. Depuis, il est revenu, sans trop avoir compris à quoi il avait servi là-bas :

« Nous ne sommes pas du tout une famille de militaires. Mon fils est entré dans l'armée pour des raisons personnelles. Il avait 23 ans, c'était son choix.

Un an plus tard, il nous a annoncé que pour sa première mission, il partait en Afghanistan. De novembre à mai 2010. Ça a été un drame : je ne connaissais presque rien de ce pays, j'en avais juste entendu parler de manière anecdotique. Quand mon mari m'a un peu expliqué ce qu'il s'y passait, j'ai eu très peur. »

3 800 soldats français dont on ne parle pas

La politique, les informations, l'international : elle n'y portait, à l'époque, pas trop d'attention. Pour la rassurer, son fils lui explique alors que ses missions consisteront surtout à faire des patrouilles. Il n'en sait pas beaucoup plus. C'est contre ce manque d'informations que Giselle Sanchez se bat :

« En suivant les actualités sur Internet, je me suis vite rendu compte qu'on ne parlait pratiquement jamais de ce qui se passait en Afghanistan. Et pourtant, il y a 3 800 soldats français qui y sont déployés en permanence ! Il fallait que j'en sache plus : je voulais avoir une vue générale de ce qui se passait dans le bataillon, suivre la situation le mieux possible.

Alors, dès que mon fils a été parti, j'ai tenté de réunir les adresses e-mail d'autres familles de son bataillon. Et avec ceux qui ont répondu, j'ai créé une liste mail par laquelle on se tenait au courant les uns les autres, chaque fois qu'on avait eu nos fils ou nos maris au téléphone.

Grâce à ça, on a pu en apprendre un peu plus sur ce qu'ils faisaient sur place. »

« On envoie de très jeunes soldats se faire tuer… pour rien »

Patrouilles dans les villages, distribution de tracts et de cadeaux aux populations locales, sécurisation de convois et de zones territoriales en vue d'opérations militaires américaines : Giselle Sanchez accumule les données. Elle décide ainsi d'ouvrir un blog :

« Avec ce blog, j'ai voulu parler d'un conflit dont personne ne se soucie, même pas les journalistes. Il faut que la France sache qu'elle a des soldats en Afghanistan. Tout le monde semble oublier qu'on envoie là-bas de très jeunes soldats se faire tuer… pour rien.

Mon fils m'a expliqué comment il s'était senti inutile, infantilisé sur place, comme un pion. On ne leur montrait quasiment aucune carte, on ne les informait pas des résultats de certaines opérations ou de la politique des régions dans lesquelles ils travaillaient.

D'autres officiers ont eu le même sentiment que lui : ils n'ont pas compris ce qu'ils faisaient là. »

Une certaine idée de la démocratie

Entrée sur le territoire afghan en 2003 au sein de l'International security assistance force (Isaf), la France y a depuis perdu 52 soldats. Parmi eux, 31 étaient âgés de moins de 30 ans. Et seize sont décédés en 2010, année la plus meurtrière depuis le début du conflit pour les soldats français déployés dans cette zone.

Mi-décembre, au micro de France Inter, le ministre de la Défense Alain Juppé s'explique sur les raisons pour lesquelles la France est encore engagée en Afghanistan :

« Nous sommes là-bas pour défendre les intérêts de la France. Il n'est pas de l'intérêt de la France que l'Afghanistan se transforme en un nid du terrorisme international. Ce qu'elle risque d'être si nous laissons les insurgés actuels prendre le pouvoir.

Et nous défendons aussi un certain nombre de valeurs, pardon de le dire. La démocratie face à l'obscurantisme. Souvenons-nous de ce qu'a été le régime des talibans lorsqu'ils étaient à Kaboul, avec l'interdiction faites aux jeunes filles d'aller à l'école. […] » (Voir la vidéo à 9'50)


[dailymotion]
Alain Juppé
envoyé par franceinter. - L'actualité du moment en vidéo.[/dailymotion]

Comme il le précise, la stratégie de la France sur le territoire afghan est de sécuriser progressivement le terrain avant de remettre la responsabilité du maintien l'ordre aux forces locales afghanes en 2014. Giselle Sanchez y voit un aveu d'échec :

« Si la France est vraiment en danger, menacée par des terroristes talibans, pourquoi alors se retirer en 2014 ? Je suis pour le retrait, mais quand le ministre dit ça, il prouve l'incohérence de notre présence sur place.

Et cette présence, elle fait des dégâts. En plus des morts, plus de la moitié des soldats qui sont revenus se mettent en arrêt maladie ! Ils sont désœuvrés : l'armée ne leur donne rien à faire, ne les tient pas au courant des missions en cours. Et dans la société, personne ne se rend compte qu'ils ont risqué leur vie au nom de la France. Ils sont inexistants. Ce manque total de reconnaissance, c'est très dur pour eux. »


Aux archives pour le futur

Depuis le retour de son fils, Giselle Sanchez continue d'alimenter son blog. Mais pas au même rythme, et avec un ton plus engagé. Elle a également rédigé un document afin d'expliquer aux soldats et à leurs familles la réalité de ce conflit, loin de tout discours institutionnel (Télécharger le document)

« Je vais aussi envoyer les échanges de mails que j'ai eus avec les autres familles aux archives de la Défense.

Qui sait, peut-être que dans quelques années, ça pourra aider des sociologues, des psychologues ou des historiens. Tous ceux qui voudront essayer de comprendre ce qu'on a été faire là-bas. »

► Mis à jour le 22/12/10 à 19h20. Le titre a été modifié.

Photos : Giselle Sanchez dans son salon en banlieue parisienne, le 13 décembre (Audrey Cerdan/Rue89) ; Giselle Sanchez (Audrey Cerdan/Rue89).



http://asset.rue89.com/files/Afghanistan.pdf

http://www.rue89.com/2010/12/22/lafghanistan-est-un-conflit-dont-personne-ne-se-soucie-181934

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